"La falaise tombée"

Cette nuit j’ai rêvé de la falaise du village d’Ault sur laquelle je me promène régulièrement depuis quelques années.

En me réveillant avec les gouttes de pluie tombant sur le carrelage de mon balcon, La pluie est le symbole de cet hiver.

On annonce encore une inondation de la Seine, Le club d’aviron CNF nous a demandé de l’aide pour ranger les bateaux et le matériel à l’abri de la crue. Des branches d’arbres sont détachées de la berge et flottent à la surface de l’eau; Les petites branches sont courbées par la force de la pluie; le chemin est coupé par les arbres tombés, n’oublions pas qu’il y a aussi de la tempête.

Ce samedi avec notre petit chien Tommy, nous avons fait une promenade en bateau depuis le barrage(dèjà le barrage ne barre plus rien) de Suresnes jusqu’à faire un tour de l’ile de la Jatte, j’avais apporté toutes sortes d’appareils photo avec moi …. Mais j’avais plus l’intention de filmer l’eau ……

Bref... Je suis allée trop loin.

Oui! la falaise était en face de moi cette nuit, elle avait l’air fatigué, je l’écoutais comme toujours.

« quel temps désespérant ! » se plaignait elle devant moi.

Elle me disait que les vagues la battent de plus en plus fort, que le vent du nord est si brusque et violent. Elle s’exprimait avec tristesse et continuait à me raconter que les mouettes la perçaient pour se nourrir ou creuser un abri pour se loger... Il y avait aussi les autres oiseaux, parmi lesquels certains avaient pris du retard dans leur voyage vers le sud, les galets la quittaient progressivement.

 

Elle parlait d’une voix de plus en plus triste et d’une expression déprimée, elle soupira ; Je n’entends plus le bruit des enfants, ils ne viennent plus jouer devant moi, il n’y a plus de jeunes couples murmurant à mon pied . Elle me demanda avec émotion si je m’étais aperçue qu’il n’y avait même plus de randonneurs et qu’elle n’imaginait même plus être photographiée.

 

Je sentais cette souffrance, elle me montrait qu’elle était déprimée, exténuée et ne tenait presque plus debout.

« Je tomberai avant la fin du monde », puis d’une voix plus forte

« viens me voir vite une dernière fois avant que je ne meure, prends des photos de moi pour te souvenir ».

 

Je partis à l’aube...

Ma pauvre falaise avait des difficultés à respirer, aussi je ressentais que la douleur de son âme pesait plus que la souffrance de son corps.

« Je n’aime pas la souffrance, je préfère la mort , déjà dégagez les algues qui recouvrent absolument tout! Si sombres comme dans une vallée de l’ombre. Franchement, je n’ai jamais été fan des algues ».

 

Je lui ai demandé de continuer à se maintenir un peu plus longtemps.

« ma chère et courageuse falaise, dans quelque temps, au printemps, les oiseaux vont sortir de leur maison, ils chanterons pour toi certainement, les enfants reviendrons jouer, et les couples aussi, il y aura de nouveaux galets, les poètes écriront ta beauté ... Ce sera la fête... maintiens toi encore un peu, s’il te plait ! ».

 

« Je suis très fatiguée mon amie » m’affirma t’elle dans un souffle profond.

Devant moi les morceaux de rocher commençaient à se détacher du mur, le calcaire se couchait en désordre, les vague battirent sur son corps, le sol craquât, le brusque vent du nord battait, on entendait des cris venant des oiseaux et d’autres animaux, les mouettes volaient. Le ciel était gris comme la nuit, les éclairs l’illuminaient, le roulement du tonnerre réveillait les rêveuses... et la tempête arrivait...

 

j’entendis une dernière fois sa faible voix

 

« adieu ».

ZHOU Yiyan

Janvier 2018 à Saint Cloud

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